L’Internet et les nouvelles technologies ont chamboulé l’exercice du pouvoir, et parfois faciliter la voie et l’accès à celui-ci (comme ce fut le cas pour Obama). Aujourd’hui je ne peux m’empêcher de penser au livre ” Smart mobs “ de Howard Rheingold , sociologue des nouvelles technologies (qui dès le début des années 90 avait prédit l’émergence des communautés virtuelles), en constatant avec euphorie et émotion les évènements qui se déroulent actuellement en Iran.
Dans cet ouvrage de référence concernant la culture mobile, Rheingold définit le concept de “smart mobs” ou foules intelligentes comme “Tout groupe qui agit collectivement à l’aide de moyens de communication mobiles (téléphones portables, assistants personnels PDA, etc.) et d’Internet “.

Voici un extrait du livre Smart mobs concernant le pouvoir du mobile et la foule, qui illustre ce phénomène :
” Bypassing the complex of broadcasting media, cell phone users themeselves became broadcasters, receiving and transmitting both news and gossip and often confounding the two. Indeed, one could coming a broadcasting station unto him or herself, a node in a wider network of communication that the state could not possibly even begin to monitor, much less control.”
Comment la foule, qui symbolise pour beaucoup la désindividualisation d’une horde incontrôlable, va-t-elle devenir intelligente ? Voici une explication de Rheingold, basée sur la comparaison avec les groupes “intelligents” de fourmis, en quatre points :
“- The absence of imposed centralized control
- The autonomous nature of subunits
- The high connectivity between the subunits
- The webby nonlinear causality of peers influencing peers”
Le mouvement iranien, débuté en protestation contre la fraude électorale et qui continue comme l’expression d’une soif de liberté après 30 ans d’oppression, fera date comme une des premières révolutions 2.0 . Martin Lessard souligne avec brio, ainsi que d’autres (ici, et là), l’importance cruciale de Twitter dans l’existence de ce vent de liberté, avec notamment le hashtag #Iranelection qui devint le principal relais d’informations, alors que les sources traditionnelles étaient inexistantes. Je ne souhaite pas rentrer dans le sempiternel débat ” journalisme vs médias sociaux “. Ceci-dit, il faut mentionner que les médias traditionnels, comme CNN, accusaient, un retard considérable dans la couverture de l’événement, avant les critiques de la twittosphère (via le hashtag #CNNfail qui arrivait dans le top 5 des sujets les plus abordés dans Twitter ).
Cela dit, le rôle joué par le mobile et les réseaux sociaux dans la mobilisation de la foule, qui grandissait et gagnait en “intelligence”, fût immense. D’ailleurs, l’époque où les tyrans sortaient le revolver lorsqu’ils entendaient parler de culture est révolue, désormais ils ferment les Facebook, Youtube, Flickr et l’accès à la messagerie texte. Concernant les événements en Iran, les autorités ont dès le début fermé les principaux réseaux sociaux (sauf Twitter qu’ils n’ont pas réussi à censurer) et le service de SMS, avant de complètement fermer le réseau de téléphonie cellulaire. 
Les premières utilisations du SMS pour des rassemblements et manifestations étaient faites en 1999 par des militants anti-OMC à Seattle. Par contre, beaucoup s’accordent à dire que le président Estrada des Philippines a été le premier chef d’état déchu à cause d’un “smart mob” en 2001. À Manille, plus d’un million de personnes ont coordonné leur mouvement et leur rassemblement grâce aux SMS.
L’Iran est un pays où 60% de la population a moins de 30 ans et cette jeunesse, férue de nouvelles technos, est très branchée et mobile (notamment dans la grande mégapole Teheran ). Ainsi, le régime s’est vu obligé de réagir très vite en bloquant le service de messagerie texte puis de couper l’ensemble du réseau mobile.
Bref, sans vouloir rentrer dans un optimisme mielleux et un lyrisme déplacé, je pense profondément que les nouvelles technologies (mobile ou Web) et leurs utilisations sociales, rendront difficile la vie des dictateurs, tyrans et autres injustices.
Que cette révolution, qui a pris une autre envergure grâce aux médias sociaux, puisse arriver à ses fins et libèrer le peuple iranien.









June 17th, 2009 at 09:48
J’aime bien le concept de foules intelligentes. Grâce aux nouvelles technologies, il est facile pour les gens de s’organiser facilement et rapidement afin de diffuser de l’informations qui serait sinon cachées par les leaders politiques. L’exemple récent avec Twitter et les élections iraniennes viennent bien prouver le tout.
C’est dûr à croire que le message se serait aussi bien répandu sans ce médium puissant. Toutes les photos, vidéos et textes qui ont pu circuler. Je trouve que c’est bien la définition de redonner le pouvoir au peuple.
C’est beau à voir !
Thoma.
June 18th, 2009 at 07:51
@yasha ton post est excellent et @thoma idem pour ton commentaire.
Assistons-nous à la mort du breaking news télévisuel ? Je crois que oui. Les médias traditionnels sont maintenant à la remorque des réseaux sociaux dans la communication de tout événement d’actualités. Ces derniers ne diffusent pas seulement la nouvelle, ils permettent de mobiliser et d’organiser les foules. J’avais écrit un post similaire sur l’activisme 2.0. J’avoue que je préfère le tien!
June 18th, 2009 at 21:08
@thoma et @Jean-Sebastien Merci pour vos commentaires. C’est vrai que, même si ça peut paraitre utopique, c’est beau de se dire que les nouvelles technos et essentiellement les médias sociaux pourront aider à la chute des tyrannies et diminuer les injustices !